Une histoire séculaire
À l’origine, des rapides Cascadant à un point stratégique de l’île de Montréal, les rapides de Lachine constituaient une barrière naturelle à la navigation sur le fleuve Saint-Laurent. L’aménagement d’un canal pour les contourner ouvrirait la voie à la circulation des marchandises vers les marchés intérieurs du Canada et des États-Unis. De plus, alors que l’électricité n’existait pas encore, cet ouvrage permettrait également de produire l’énergie hydraulique nécessaire à l’activité industrielle. Avec un tel potentiel de développement économique, un canal serait porteur de prospérité.
En donnant accès au plus grand réseau fluvial navigable du monde, l’ouverture du canal de Lachine, en 1825, marque le coup d’envoi de l’industrie manufacturière canadienne. Son élargissement, en 1848, accroît le débit de l’eau, ce qui crée les conditions requises pour répondre aux besoins énergétiques des procédés de fabrication. Dès lors, cargos, bacs et barges défilent dans les eaux du canal, pendant que quais, grues marines, tours de déchargement, entrepôts, silos et filatures émergent tout autour. La construction du chemin de fer Grand Tronc s’ajoute à ces infrastructures pour faire du canal le carrefour du transport des marchandises dans le nord-est du continent. S’amorce ainsi un boum industriel et urbain qui métamorphosera le sud-ouest de Montréal et confirmera la ville dans son titre de métropole du Canada.
Entre 1840 et 1940, à Saint-Henri, sur la rive nord, à Côte-Saint-Paul, sur la rive sud, et à Lachine, à l’extrême ouest, on estime qu’un millier d’entreprises de toutes sortes, grandes et petites, s’implantent autour du canal. De nombreux fournisseurs y suivent les grands fabricants, créant eux-mêmes des emplois. Ces entreprises occupent environ 28 000 travailleurs entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Et puisqu’il faut loger ces ouvriers, les maisons se multiplient, les petits commerces et les services apparaissent. Le secteur s’urbanise rapidement et les quartiers qui le composent formeront ultérieurement l’arrondissement du Sud-Ouest.
Au cœur de l’histoire
C’est dans cette effervescence que naît ce qui deviendra le Complexe Dompark. Sa création remonte à 1875, alors que la filature Mount Royal Spinning Company entreprend la construction de cette usine de textile. Implanté au 5524, de la rue Saint-Patrick, l’immeuble de brique et de béton, qui ouvre ses portes en 1908, comporte six bâtiments. Par la suite, il subira des rénovations importantes, soit en 1928, en 1935, en 1947 et en 1959.
On doit la conception du futur Complexe Dompark à D. Jerome Spence, natif de Louisville, au Kentucky, et diplômé de l’école d’archi-tecture du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Parmi les autres réalisations de cet architecte en sol québécois, notons le Montreal Children’s Hospital, l’édifice du square Philips et l’immeuble abritant la Dominion Wire Rope Company, à Lachine.
En 1952, D. Jerome Spence reçoit la médaille du mérite décernée par le Royal Architectural Institute du Canada.
Filer à vive allure
L’installation de la Mount Royal Spinning Wool Co. Ltd. dans l’usine Dompark signale le début de la mécanisation de la production textile. Jusqu’alors, la plupart des opérations de la filature du coton, soit le cardage, le peignage, l’étirage, le filage, le bobinage, l’impression, etc., sont faites manuellement. Plutôt que de confier ces tâches à des fournisseurs, la Mount Royal Spinning Wool Co. les regroupe sous son toit. L’arrivée de machines industrielles amorce ainsi une révolution technique qui va transformer le travail des ouvriers.
Pendant ce temps, la Dominion Cotton Mills Company, fondée en 1890, prend de l’expansion. En 1905, elle fusionne avec trois autres entreprises textiles de Montréal, dont la Merchants Cotton Company, donnant ainsi naissance à la Dominion Textile Co., également connue sous le nom de Domtex. En 1919, elle achète la Mount Royal Spinning Wool Co. et devient donc propriétaire du vaste complexe industriel établi sur le bord du canal de Lachine.
À compter de ce moment, la Dominion Textile, qui contrôle déjà plus de 40 % du secteur du coton au Canada, s’impose comme le chef de file incontesté de cette industrie. En spécialisant les activités de ses différentes unités de production, elle accroît son efficacité et devient plus compétitive sur le marché mondial.
La syndicalisation se développe entre les murs de la Domtex, ce qui a comme effet d’améliorer les conditions de travail de la main-d’œuvre de l’entreprise. Le mouvement syndical se réper-cute dans les autres industries des environs du canal de Lachine, y entraînant des retombées positives pour les ouvriers.
Cependant, malgré ses assises solides, la Dominion Textile se voit rattrapée par la concurrence mondiale croissante suivant la Deuxième Guerre mondiale. Elle demeure néanmoins un acteur important de l’économie du Québec pendant la presque totalité du XXe siècle. Mais le contexte devient tel que toute l’industrie textile québécoise se dirige vers une situation précaire, une situation qui se confirme au début des années 1960. Date symbolique de ce déclin, le canal de Lachine est fermé à la navigation en 1970.
Le nouvel essor
du Complexe Dompark
En 1995, le Complexe Dompark a été acheté d’une vente de faillite par les propriétaires actuels, qui avaient comme vision de convertir cet immeuble industriel en lofts commerciaux.
Au moment de la transaction, l’immeuble était occupé à 40 % et ses locataires dirigeaient principalement de petits ateliers. Notre premier geste a été de convertir le troisième étage en espaces à bureaux et de redonner sa splendeur originale à l’architecture de ce bâtiment. Les plafonds suspendus ont été arrachés, les planchers de bois franc, sablés et vernis, les fenêtres originales de 12 pieds par 6 pieds, restaurées. Là, nous avions enfin une palette pour commencer à créer.
Un à un, chaque espace a été aménagé pour répondre aux besoins individuels de chacun des clients, produisant ainsi des espaces de travail permettant d’optimiser la créativité et la satisfaction des employés, ainsi que la fonctionnalité – ce qui est, selon nous, le gage du succès.
Parce que les plafonds ont de 16 à 18 pieds de hauteur, nous avons construit des lofts à deux niveaux : une combinaison de bureaux privés, de salles de conférence et d’espaces de travail ouverts, pour créer un style évoquant le quartier Soho, de New York. Les mezzanines donnant aussi aux locataires la flexibilité voulue pour agrandir leur entreprise à l’intérieur de leur propre loft, ce qui leur évite les frais d’un déménagement.
Notre approche souple et orientée vers le client permet au Complexe Dompark d’offrir un pro--duit différent dans le marché des bureaux, un produit bien adapté à de nombreux types d’entreprises créatives, telles que celles du multimédia, de la production télévisuelle, de la photographie et du design graphique, aux bureaux de professionnels comme les architectes, les ingénieurs et les concepteurs de logiciels, ainsi que des salles d’exposition pour les industries du vêtement et des articles de sport.
Comme notre approche vise avant tout à satisfaire les exigences de nos clients soucieux de réussir, plusieurs de nos locataires continuent de prendre de l’expansion dans notre immeuble et suggèrent à leurs fournisseurs d’emménager dans le complexe. Cela a créé une incroyable synergie et un réseautage à l’intérieur de ses murs – une concentration d’entreprises en un lieu unique qui génère des occasions d’affaires. C’est ce que nous appelons une situation
gagnant-gagnant.
Après des rénovations de plus de cinq millions de dollars, chaque espace est devenu une vitrine de productivité au travail et redéfinit la façon de faire des affaires. Notre administration a enrichi ce concept en attirant des services à valeur ajoutée dans l’immeuble, dont la gestion de réseau et de haute technologie, des installations d’imprimerie et un restaurant qui offre un service complet. Un service de garderie s’y ajoutera bientôt.
Nous sommes reconnaissants de célébrer ce centenaire historique avec vous et très enthousiastes à la pensée de tout ce que l’avenir réserve.